mercredi 30 avril 2008

Si j’avais du pandan, je ferais un marbré pandan-chocolat blanc. En attendant, c'est un marbré... aux colorants.



Je ne participe pas beaucoup aux jeux de la blogosphère. Pas par principe, mais parce que je me sens toujours à côté de la plaque, dépassée. Et puis j’ai un métier auquel je dois consacrer le peu d’inspiration que m’alloue quotidiennement un cerveau monotâche et peu créatif.

Mais quand j’ai vu le jeu lancé par Marion (Il en faut peu pour être heureux...), je me suis dit que si je devais en faire un, c’était celui-là. L'idée est géniale : proposer une recette d’où l’ingrédient vedette est potentiellement absent ! Voilà qui témoigne d’un certain sens de la dérision.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi ou qui seraient un peu mous du clic mulotique, l’ingrédient en question, c'est l’extrait de pandan.

Quid ? Allez voir dans Google et tapez "pandan", vous comprendrez vite de quoi il retourne. Du pandan, je ne sais finalement pas grand chose si ce n'est que :
- c'est un truc qu'on extrait des feuilles d’une plante et que c'est très utilisé dans la cuisine du Sud-Est asiatique
- c’est aussi vert que Shrek 
- ce n’est pas la nourriture favorite du panda (malgré la ressemblance entre les deux mots, le panda aime mieux manger du bambou) 
- c’est à peu près introuvable en Europe sauf si l’on adhère à la filière néerlandaise (mais non, c’est pas de la came…)
- on trouve cependant un arôme de synthèse dénommé extrait (ou essence) de pandan dans certaines épiceries asiatiques, mais son plus fin connaisseur dit que c'est un ersatz sans rapport avec le vrai goût du pandan.

Pour le commun des mortels, le pandan reste un produit virtuel (un peu moins virtuel que le seva quand même... ^ ^). Ces modes (ou blagues...) surgissent du néant des cuisines les plus en vue de la Toile et se répandent comme une traînée de poudre (j'vous assure pourtant que c'est pas d’la came…). Elles font du machin le plus exotique et le plus méconnu qui soit un ingrédient phare du consumérisme alimentaire occidental (que personne ne se sente visé en particulier, je ne dis pas cela que pour moi).

Donc moi, Natalia, obsédée culinaire et loseuse patentée en matière de blog, j’ignore tout du goût du pandan. Mais depuis que je sais que ça existe, je suis malheureuse comme la pierre de ne pouvoir m’en procurer.
Quelle frivolité ! Pendant ce temps, les peuples d’Afrique se demandent s’ils vont pouvoir acheter leur prochain sac de riz.

Revenons au jeu de Marion. Si j’avais du pandan, je ferais un gâteau marbré vert et blanc. Avec du chocolat blanc. Et avec une petite touche de seva aussi ;-). Un tout petit peu, là, juste pour compléter la gamme chromatique. Ce serait tellement plus joli...  Cet improbable marbré serait vert, bleu et crème. Parce que le chocolat blanc n’est pas blanc. Même qu'avec les œufs, il devient carrément jaune paille.

Il plairait aux enfants et même aux adultes, sauf les plus conformistes bien sûr. Il intriguerait les curieux, il ne rebuterait pas les foodistas.

En attendant l’Œuvre, qui ne verra jamais le jour (puisque le seva n'est qu'un poisson d'avril et que le vrai pandan est quasi introuvable par ici), voici l’esquisse : avec les couleurs, mais monogustative. Ni pandan, ni seva, que du colorant.


Marbré au chocolat blanc tricolore 



Pour un moule à cake soit une douzaine de tronches tranches de cake :
- 3 œufs
- 180g de farine
- 125g de beurre allégé (ici du « fleurier » que j’ai eu gratis, c’est pas mon genre d’acheter ces trucs-là, et pas question d’étaler ça sur mes tartines ni de le jeter direct à la poubelle)
- 125g de sucre
- 70g de chocolat blanc
- colorant vert (+ extrait de pandan si on en a)
- colorant noir-violet (avec le jaune de la pâte ça fera du bleu)
- 1 cc de levure chimique


1. Faire fondre le chocolat blanc au bain-marie. Cela prend du temps, et ça colle, c’est normal.
2. Préchauffer le four à 200°.
3. Fouetter le sucre et les œufs entiers dans une terrine. Ajouter la farine et la levure tamisées, le beurre fondu, le chocolat blanc fondu. Bien homogénéiser l’ensemble.
4. Diviser l’appareil en trois parts plus ou moins égales (à vous de voir...). Ajouter dans l’une le colorant vert (+ l’extrait de pandan si on en a), dans l’autre, le colorant noir-violet.
5. Beurrer un moule à cake s’il n’est pas en silicone. Faire trois couches avec les trois couleurs de pâte : j’ai mis dans l’ordre : bleu, vert, crème. (quel que soit votre choix, sachez que la couche du dessous aura tendance à passer sur les côtés et à se retrouver dessus, à la fin).
6. Cuire 10 minutes à 200° puis 30 minutes à 180°, si la cuisson n’est pas terminée au bout de ce temps, éteindre le four et laisser le marbré dans le four éteint un quart d’heure.


Verdict ? Ce gâteau accroche le regard, il est moelleux mais pas humide, fondant mais pas gras. Sa croûte est croustillante (tout au moins dans les heures qui suivent la sortie du four), et on adore son petit goût de chocolat blanc.

En fin de compte, les colorants sont un moyen ludique de relooker les classiques que tout le monde aime. Vous ne hurlez pas au sacrilège quand vous colorez vos macarons ? Alors laissez-vous tenter par les gâteaux aux couleurs artificielles. Testez au passage la finesse des papilles de votre entourage : dites que c’est un marbré vanille-menthe-curaçao. Ou qu’il y a du pandan et du seva. Amusez-vous des réactions... Les gens goûtent avec les yeux plus qu'avec les papilles, bien souvent... Faites une dégustation à l'aveugle ?!

Voilà. Ceci était ma participation au jeu « Si j’avais du panda, je ferais… mais je n’en ai pas ». Avec une recette aussi naze et toutes les conneries que je viens d’asséner, je n’ai aucune chance de gagner un flacon d'essence de pandan. Encore moins l’estime de Marion.

dimanche 27 avril 2008

Un espoir deçu, une sarabande brisée, un risotto très onctueux aux asperges





Rentrer du travail un peu plus tôt, passer chercher l’enveloppe tant attendue, rentrer chez soi, retarder le plus possible le moment de découvrir le résultat. Se résoudre à sortir la feuille de son contenant. Lire, replier le document. Encaisser le coup avec un certain fatalisme. Statistiquement, ce n’est pas une surprise. Le miracle du bébé-éprouvette n'est pas donné à tout le monde. C'est injuste, mais c'est ainsi.

Déballer un colis de colorants en poudre et songer à la couleur des prochains macarons. Sentir la colère monter. Envoyer à la poubelle, avec fracas, quelques tasses à thé ébréchées que l’on s’obstinait à garder dans un coin, des fois, là aussi, qu’un miracle se produise...

S’en vouloir de ne même plus avoir envie de recommencer, laisser s'installer une tristesse muette qui ressemble à de l’indifférence. Laisser J. lâcher un « M….e ça fait ch….r », ce qui, dans son cas, est l’expression de la plus amère déception. Suivi d'une bonne question : « Qu'est-ce qu'on va faire ? »

Qu’est-ce qu’on va faire ? Comme d'habitude.

- entamer la lecture d’un nouveau roman
- battre son record au Bubble breaker sur le Pocket PC
- se laisser bercer par le style brisé (= arpégé) d’une sarabande, encore une sarabande. La musique de luth du XVIIe siècle est un baume apaisant.

 

- s’offrir les bienfaits d’une molécule miracle pour mettre un terme à cette journée noire, en espérant un puissant effet amnésique au réveil.
- s’habituer une fois pour toutes à ne pas voir le bout du tunnel, tout en se répétant que la voie n'est pas sans issue.


Un couloir de la BnF

- célébrer le début du printemps (enfin !) avec des asperges vertes, des petits pois, des carottes nouvelles, et des copeaux fondants de parmigiano reggiano. Le tout réuni dans un risotto cremoso cremoso, morbidissimo morbidissimo (j'adore ce mot italien qui signifie "très moelleux", mais il sonne généralement mal aux oreilles des francophones, à qui il rappelle un mot qui n'a pas du tout le même sens...). Ce risotto de printemps est un grand classique italien, comme vous savez sans doute.




Le risotto al dente et onctueux en même temps, c'est très facile à faire contrairement à ce qu'on peut s'imaginer. Il faut juste choisir de bons ingrédients (des légumes frais, en l'occurrence) et surveiller de près la cuisson du riz au bouillon, ce qui suppose de ne pas s'éloigner de la poêle pendant 15 à 18 petites minutes. C'est tout ! C'est bête comme chou. Et ça en jette, quoi qu'il arrive.

Après ça, on ne peut que continuer à aimer la vie et ses petits plaisirs !


Risotto onctueux aux asperges vertes 

Pour un couple sans enfants : 

- 100g de riz italien (variété Arborio ou Carnaroli)
- 1 poignée de petits pois frais écossés
- 1 botte d'asperges vertes
- 1 carotte nouvelle
- 2 tiges de cive (ou des petits oignons grelots)
- 1 gousse d'ail nouveau
- 7,5 cl de vin blanc sec
- 3 cs de beurre mou : le risotto "si manteca" (se beurre), c'est à dire qu'on lui ajoute du beurre en fin de cuisson, mais jamais, au grand jamais, de crème dans le vrai risotto italien (c'est comme dans les pâtes à la carbonara)
- 1 cs d'huile d'olive
- sel, poivre du moulin
- 30g de parmigiano reggiano en copeaux
- 1 litre de bouillon de volaille + 1 cs rase de fond de veau déshydraté (résultat final plus goûteux...)


1. Rincer les asperges, les sécher, couper et réserver les pointes.

2. Tailler les tiges d'asperges en brunoise après avoir éliminé les parties filandreuses (s'il y en a). Tailler la carotte de même, en tout petits dés. Emincer les tiges de cive et hacher la gousse d'ail.
Pour faire mes brunoises en 10 secondes top chrono, je dispose d'un instrument génial, repéré dans un catalogue de VPC pour mamies, mais qui me rend bien des services... On pose les légumes sur la grille métallique, on rabat le dessus et hop, on récupère une brunoise parfaitement régulière.


3. Faire chauffer le bouillon et la cuillérée de fond de veau dans une casserole. Poser par dessus un panier vapeur avec les pointes d'asperges pour qu'elles cuisent pendant la préparation du risotto (ou faire cuire les asperges à la vapeur, à part) (dans tous les cas, le bouillon doit rester sur le feu jusqu'à la fin de la préparation). 

4. Dans une grande poêle, faire revenir les tiges de cive et le riz dans l'huile d'olive, à feu doux. Lorsque le riz devient translucide, ajouter le vin blanc, la brunoise d'asperges et de carottes ainsi que les petits pois.

5. Lorsque le riz a absorbé tout le vin blanc, ajouter une première louche de bouillon. Attendre qu'il soit complètement absorbé par le riz avant d'ajouter la deuxième louche. Continuer ainsi de suite jusqu'à ce que le riz soit juste cuit (15 minutes environ). Goûter pour vérifier. Surveiller la cuisson des pointes d'asperges et les retirer du panier vapeur dès qu'elles sont al dente ; les réserver.

6. Ajouter au risotto les pointes d'asperges et les copeaux de parmesan. Terminer par le beurre ramolli. Remuer délicatement pour le faire fondre. Goûter et rectifier l'assaisonnement en sel et poivre si nécessaire. Laisser reposer 2 minutes à couvert : il riso sarà più cremoso e morbido, il parmigiano leggermente fuso (le riz sera plus crémeux et moelleux, le parmesan légèrement fondu).
Pour finir : il m'arrive de mettre quelques pistils de safran dans le bouillon de volaille. Cela donne une jolie couleur au riz, et un goût caractéristique. Mais je crois que je préfère ce risotto nature. On sent mieux le goût des asperges vertes sans le safran. 





samedi 19 avril 2008

Des macarons à la mangue, en hommage à la Mangue. Pour que l'appétit revienne.

De temps à autre certain(e)s culinoblogueur(se)s se désolent de ne rien avoir à dire. En fin de compte cela ne les empêche pas d'écrire de beaux billets, et encore moins de continuer à cuisiner. L'angoisse de la page blanche fait couler beaucoup d'encre, finalement.

Ce qui m'arrive est pire. Forcément, ça n'arrive qu'à moi ;-). J'ai perdu l'appétit.

Il y a quelques jours, j'ai dû subir une petite anesthésie. J'ai bougonné toute la soirée à l'idée de devoir me passer de petit déjeuner le lendemain matin. La perspective du jeûne, obligatoire en pareil cas, m'angoissait bien plus que l'opération (rien de grave). Juste après, malgré une torpeur puissante, je n'ai cessé de m'impatienter (intérieurement) en attendant qu'une aide-soignante apporte la collation annoncée en salle de réveil. Quand la maigre et médiocre pitance est enfin arrivée, j'ai tout dévoré. Et je me suis félicitée d'avoir emporté une petite part de mon pain d'épices préféré. Des fois que...

Depuis, quel changement ! La nourriture m'inspire un vague dégoût. Surtout le sucré. Les confiotes maison me révulsent. Les chocolats que je préfère, ceux de Patrick Roger, m'écoeurent (ne m'en offrez pas, J. serait obligé de les manger tous). Les caramels au beurre salé de la Crêperie Le Masson de Trégunc, affectueusement rapportés de Bretagne par P., sont toujours là, sur mon bureau. Je pourrais pousser le vice jusqu'à bouder une boîte de macarons Pierre Hermé. Sans la moindre frustration.
Ce manque soudain d'appétit ne signifie pas que je ne cuisine pas. Juste un peu moins, en fait. Moins compulsif, plus réfléchi, plus distancié. Ouais, rien que ça. Bon d'accord, non seulement je suis la chieuse qui repousse les chocolats de Patrick Roger, mais je me la joue carrément, là. Faut dire qu'il m'est arrivé un truc fondamental, décisif. J'ai accompli un vrai rite de passage : j'ai fait des macarons. Je veux dire par là que je les ai réussis.

Profitant de quelques heures (jours) de liberté post-opératoire pour renouveler une tentative ancienne mais totalement avortée de macarons parisiens. Remarquez que je m'étais bien gardée de m'en vanter sur ce blog, ne sachant si cela doperait ou au contraire plomberait une popularité déjà misérablement basse, préférant finalement éviter d'ajouter une blessure narcissique béante (due au peu de commentaires laissés sur ce blog) à un déchirement profond de l'amour-propre (dû au ratage du macaron).

Donc j'ai refait (et réussi) des macarons. La marche à suivre, les conseils, tous les trucs et astuces, je les ai empruntés à la Mangue. Sans elle, sans son blog, et sans les macarons auxquels j'ai eu plusieurs fois le bonheur de goûter, je n'aurais sans doute jamais osé tenter l'aventure.

Macarons à la mangue 

en hommage à Mingou Mango


Une première expérience désastreuse (pâte trop liquide, croûtage impossible…) m'a conduite à peser les blancs d'oeufs. Ce qui m'a permis de constater que le poids en est assez variable, même au sein d'une boîte au contenu théoriquement calibré. On ne fait pas faire ce qu'on veut à la nature (surtout en matière de reproduction).

En gros, il faut compter entre 30 et 40g par blanc d'œuf. Donc avec trois blancs, cela fait de 90 à 120g. La différence n'est pas négligeable, d'où l'intérêt d'avoir une balance assez précise.

Par rapport à la méthode de la Mangue (elle-même inspirée de celle de Marina de Pure gourmandise), j'ai mis un tout petit peu moins de sucre glace. J'avais trouvé la pâte de ma première fournée un peu trop épaisse. Peut-être n'avais-je pas suffisamment aéré les blancs en les montant en neige ? La 2e et la 3e fournées étaient nettement mieux question consistance. Rien à faire, comme pour tout, il faut un peu d'entraînement.

Cela donne les proportions suivantes :
- 100g de blancs d'œufs
- 125g de poudre d'amandes
- 200g de sucre glace (220 chez la Mangue)
- 30g de sucre en poudre
- colorant alimentaire orange (ou rouge + jaune comme ici)

Pour la garniture: confiture de mangues aux fruits de la passion (recette)


Ayant la chance de disposer non seulement d'une balance, mais d'un robot, j'ai mixé finement le sucre glace et la poudre d'amandes avant de tamiser le tout au-dessus d'un grand saladier.

Pour m'aider dans le dressage, j'ai utilisé les gabarits de Marina, comme ça j'ai obtenu des macarons de taille et de forme presque parfaites.

Comme le dit Aurélie (Paslignac), qui a eu le même professeur, c'est la cuisson qui est finalement l'étape la plus délicate. Pour moi, c'était cuit en 10 minutes à 140° pour des macarons de 3,5 cm de diamètre. Au-delà, le dessous a tendance à colorer et les coques deviennent un peu sèches. Si l'on fait plusieurs fournées, il faut redoubler de vigilance, les macarons ont tendance à cuire plus vite. Baisser un tout petit peu le four au besoin.

D'après l'Homme, testeur attitré, qui, lui, ne souffre pas de manque d'appétit, c'était très bon.



P. S. du 21/04/08 : toute fière de ma réussite, j'en ai refait ce week end. Ci-dessous : assortiment citron vert, mangues (fournée un peu plus claire que la première) et myrtilles. C'est-y pas joli ?

samedi 12 avril 2008

Suites et correspondances musicales : la confiture de rhubarbe aux fraises des bois de Mme Couperin




Une promenade culinaire m'a récemment conduite chez Gato Azul. J'y ai trouvé quelque chose de très beau et de très surprenant. Pas une recette inouïe ou une idée de génie (je ne veux pas dire que ce blog n'en compte pas !). Pas d'ingrédient insolite en passe de devenir du dernier chic bloguistique comme le seva (notez au passage que yuzu, pandan, fève tonka et matcha sont complètement has been).

Non, j'ai été surprise par une musique peu habituelle sur la Toile. La mélodie pudique et 
contemplative d'une sarabande. Je suis restée plusieurs minutes, accablée par l'émotion, savourant chaque note, écoutant la pièce en boucle. Un plaisir mêlé à une sensation d'étrangeté. Une sarabande pour luth sur un blog de cuisine ! L'auteur de la pièce ? Sylvius Leopold Weiss, un contemporain de Bach, le plus grand luthiste du 18e siècle. Un Polonais (si l'on peut considérer comme tel un homme né en Silésie en 1687).
Le luth est l'instrument dont j'ai rêvé pendant des années avant de commencer à en jouer. La forme en poire, le dos côtelé, le manche cassé, la sonorité douce et raffinée, cela m'a toujours fascinée.

Dans la famille, tout le monde fait de la musique. Je suis tombée dans la marmite très tôt, presque avant de savoir lire. Côté maternel, la musique, c'était surtout (je devrais dire seulement) la guitare. Ascendence ibérique oblige... J'ai donc commencé la guitare sous l'égide de mon grand-père, pédagogue austère ne jurant que par la méthode Pujol - des milliers d'exercices aussi efficaces que peu avenants. Ensuite, je suis entrée au conservatoire.

Les années passant, j'ai commencé à me sentir de moins en moins bien avec ma guitare. Je voulais jouer de la musique ancienne, pas des trancriptions douteuses de luthises des XVIe et XVIIe siècles.  Quelle frustration.

Vers 15 ans, j'ai fait part à mes parents de mon envie d'apprendre un autre instrument. Je lorgnais sur le violoncelle (le luth était encore du domaine de l'inaccessible dans mon conservatoire de banlieue...). Je n'ai pas eu gain de cause. Après, les études ont pris le dessus : la prépa, le(s) concour(s), les mémoires et les thèses, les stages, puis le boulot. J'ai continué à "gratter" (je déteste ce mot) de temps en temps, mais j'étais insatisfaite tant de l'instrument que de mes performances déclinantes. Je songeais de plus en plus à m'initier au luth…

Un jour, ce rêve est devenu réalité. Mon luth est venu de la forêt de Brocéliande. Mon professeur d'Argentine. J'ai partagé des moments uniques avec d'autres amateurs de musique ancienne.



Puis il y a eu le départ au Sénégal. Là-bas, point de luthiste, point d'ensemble, point de professeur. J'ai perdu la main. Depuis le retour à Paris, le luth est dans sa boîte, dans un petit coin, comme en disgrâce. Le concert de mes casseroles a remplacé le son délicat du luth... On ne peut pas tout faire... Mais je me dis que je pourrais parler un peu plus de musique, après tout, sur ce blog.

La rencontre inattendue avec la Sarabande de S. L. Weiss m'a fait ressortir un disque dont le livret d'accompagnement dit que Bach et François Couperin entretenaient une correspondance, aujourd'hui disparue : Mme Couperin se servait de ces lettres pour couvrir ses pots de confiture..


Confiture de rhubarbe et fraises des bois


Pour deux petits pots environ :

- 500g de rhubarbe (un peu rose de préférence, pour obtenir une couleur bien acidulée...)
- 300g de sucre
- 1 petite barquette de fraises des bois (environ 100g) (à défaut, des Mara des bois, ou des fraises d'une autre variété selon la saison)
- le jus d'un demi-citron

Eplucher un peu la rhubarbe si elle est filandreuse. Tailler les tiges en deux dans la longueur puis découper en tronçons de 2 cm de long environ.

Couvrir avec le sucre et laisser macérer à température ambiante pendant 12 heures environ.

Au bout de ce temps, ajouter le jus du demi-citron et les fraises des bois entières. Faire cuire à feu vif jusqu'à atteindre le point de gélification (105° C environ). Mettre en pots, retourner les pots fermés quelques minutes, puis laisser refroidir.
Couvrir les couvercles des pots avec le manuscrit de votre choix (musical pour moi). 

Consommer dans les 6 mois et conserver en lieu frais (cave, à défaut au réfrigérateur) car cette confiture contient peu de sucre. Ne vous inquiétez pas de la prise, la rhubarbe est riche en pectine.

Avec du mascarpone parfumé au sirop de gingembre et quelques fraises des bois fraîches, cela fait un dessert de printemps tout frais et pimpant.
N.B. : après dégustation, prenez soin de conserver le bout de manuscrit qui recouvre les pots de confiture et d'en faire don à la Bibliothèque nationale de France, vous régalerez des générations de bibliothécaires et de chercheurs...

N.B. (2) : on peut corser cette confiture avec 30g de gingembre confit haché, ajouté en fin de cuisson.

lundi 7 avril 2008

L'hiver dure : réchauffons-nous avec un pain d'épices (peu orthodoxe mais délicieux)


La semaine du développement durable se termine aujourd'hui. La BnF a organisé pour l'occasion toute une série de manifestations et d'actions de sensibilisation.

Entre autres, des démonstrations de grimpeurs-élagueurs dans le jardin. Une solution plus écolo (et plus sportive) que les élévateurs mécanisés... Encore qu'on pourrait se demander ce qu'il reste à élaguer dans cette forêt plus déplumée que le bois de Boulogne au lendemain de la tempête de 1999. Les pins n'y tiennent que parce qu'ils sont haubanés, les feuillus ont une croissance qui rivalise avec celle de la toundra.

Il faut dire que l'hiver, sans être tout à fait sibérien, commence à devenir longuet…



7 avril 2008




Pour revenir au développement durable, moi, ça me fait plaisir, ces types qui grimpent aux arbres. Mais quand c'est pour tailler deux branchettes en train de mourir de solitude, cet élagage écolo ne devient-il pas anecdotique ? Comme qui dirait, l'arbre qui cache la forêt ?

Parce que c'est bien beau le jardin de la BnF, mais quelle solution de développement durable va-t-on trouver pour tout le reste :

- l'entretien des 75 000 m2 de vitrages et des 365 000 m2 de planchers
- la réduction des 75 tonnes de déchets annuels
- les 27 tonnes de courrier qui arrivent chaque année (sachant qu'on ne peut pas pilonner les livres, dans cette maison…)
- le recyclage des 250 serveurs, 3 600 ordinateurs, 1 400 imprimantes
- la facture énergétique : la BnF consomme autant d'électricité qu'une ville de 30 000 habitants (sauf que c'est un établissement de 2600 personnes), elle a grillé en 2006 environ 36 000 ampoules électriques, et elle fait fonctionner en permanence 4 centrales de climatisation qui brassent chacune 1050m3 d'air à l'heure.

Qui n'a pas pensé que des éoliennes pourraient battre des records de rendement énergétique sur l'esplanade ;- ) ? Hélas, elles risqueraient surtout de défigurer l'œuvre de D. Perrault (tout comme les plantes vertes dans les bureaux, théoriquement interdites par respect du droit d'auteur).

Dans tous les cas, il va falloir plancher sur la question, puisque désormais la Bibliothèque nationale de France fait partie des 33 établissements et entreprises qui ont signé la Charte du développement durable, lors de la grand messe du 2 avril dernier.


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Sinon, côté potins bénéfiens, une rumeur affligeante circule depuis quelques jours. Le président – je veux dire celui de la BnF, Bruno Racine – prend soin de Sophie Calle. L'artiste aurait perçu une somme rondelette pour son exposition salle Labrouste (rouverte pour l'occasion, elle était fermée depuis 10 ans...), dont la mise en scène a été confiée à Daniel Buren (dont je doute qu'il puisse bosser gratis...). S. Calle avait déjà eu les honneurs d'une exposition intitulée « M'as-tu vue », au centre Georges Pompidou, fin 2003. A l'époque, qui était président de Beaubourg ? Bruno Racine. Sans doute un pur hasard... Vraie ou non, cette histoire de gros sous (et de copinage ?) m'a ôté toute envie d'aller voir l'expo en question...




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A part cela, je voulais vous faire part d'une incroyable nouvelle dont vous vous fichez sans doute un peu, mais ma joie est telle qu'il faut que la partage : j'ai enfin fabriqué le pain d'épices de mes rêves. Celui dont je garderai la recette pour toujours. Lors de mon dernier essai (celui de la Saint-Nicolas) je vous avais dit que je projetais de me lancer dans la confection d'une pâte-mère (la méthode traditionnnelle et ancienne pour faire lever le pain d'épices, à l'époque où levure et bicarbonate n'étaient pas en vente à Carrefour...)

Entre temps, je suis tombée sur une recette de cake aux épices dans Elle à Table, recette que j'ai adoptée après l'avoir bien triturée, torturée, adaptée, revue et corrigée. En est ressorti, à mon grand étonnement d'ailleurs, une sorte de pain d'épices pas du tout traditionnel (avec du beurre et du lalit fermenté !) mais délicieusement addictif. Et tant pis pour la pâte-mère, du moins pour cette fois.


Un vrai-faux pain d'épices




La pâte (1 tasse = 300 ml)

- 1 tasse de lait fermenté (je prends du maigre, marque Candia)
- 1/2 tasse de miel
- 1 tasse de sucre
- 1 tasse de farine de blé T55
- 1 tasse de farine de seigle
- 1/4 de tasse de beurre doux fondu (environ 50g)
- 1 cc bombée de bicarbonate de soude
- facultatif : du gingembre confit haché menu (environ 50g)

Le mélange d'épices
A moduler en fonction de vos goûts bien sûr : je ne suis pas fan d'anis vert, je trouve que les mélanges du commerce ne sentent trop l'anis. Je préfère l'anis étoilé et le clou de girofle, mais en quantité très modérée. Vous pouvez partir de la base suivante, en pilant les épices en morceaux au mortier avant de les mélanger aux épices en poudre et de les tamiser soigneusement, pour ne pas laisser de morceaux (vous pouvez n'utiliser que des épices en morceaux mais c'est plus difficile à doser...) :

- 2 petits clous de girofle
- 1 étoile de badiane
-1/2 cc rase de muscade moulue
- 2 cc légèrement bombées de cannelle moulue
- 1 cc rase de gingembre en poudre (1/2 si vous mettez du gingembre confit dans la pâte)

1. Préchauffez le four à 200° C.

2. Dans une saladier, fouettez le lait fermenté, le sucre et le miel. Ajoutez les farines, les épices (2 à 3 cc rases du mélange ci-dessus), le bicarbonate, le gingembre confit si vous en mettez, le beurre fondu. Mélangez jusqu'à obtenir une consistance homogène.
3. Beurrez légèrement un plat rectangulaire ou carré allant au four (je prends un moule à charnière rectangulaire). Déposez une feuille de papier sulfurisé sur le fond (facilite le démoulage, même avec un moule à charnière)

4. Versez la pâte dans le moule, enfournez et baissez le four à 180°. Laissez cuire environ 45 minutes. Attention, il ne faut pas que le fond et les bords brûlent, cela donnerait un goût amer et désagréable. Au besoin, baissez le four à 150° en fin de cuisson.

5. Laissez tiédir avant de démouler. Le pain d'épices est cent fois meilleur le lendemain, et 200 fois le surlendemain. Il se conserve une bonne semaine si on l'enveloppe dans du papier aluminium, et il se congèle parfaitement bien.

Se déguste volontiers avec du beurre salé ou du fromage frais. S'accompagne particulièrement bien d'un thé Pu Erh Sheng ou d'un autre type de thé (non parfumé, de grâce) ayant du corps et de la longueur en bouche.