jeudi 28 août 2008

Désertion culinaire, mais quelques nourritures musicales





Vous l'avez constaté, je suis plus que discrète depuis quelques jours.

L'Homme et moi sommes certes partis en vacances, quelques jours, pas bien loin dans l'Ouest, au frais et sous un ciel souvent gris, mais dans une adorable maison d'hôtes avec vue sur la campagne, verger, chevaux et basse-cour. Le but était d'aller écouter les concerts d'un Festival de musique baroque, non loin d'une abbaye bien connue des musicologues médiévistes.





Tout ceci n'explique pas le silence quasi monastique de mes casseroles. Pour qu'une obsédée culinaire de mon espèce déserte aussi brutalement, que s'est-il donc passé ?

Non, je ne me suis pas faite nonne. Ni ermite. 

Non, je n'ai pas été mutée sur les Îles Sandwich du Sud

Non, je n'ai pas été engagée dans un job à 2x35 heures par semaine

Non, je ne suis pas malade (encore que...)

En fait, me voilà affublée d'un affreux mal de mer. Cela va durer quelque temps (Dieu seul sait combien). Je vous laisse en deviner les raisons possibles ;-).

Donc je fuis le frigo, le resto, le marché, les blogs de cuisine, mes magazines préférés. L'idée même de publier l'une des dizaines de recettes dégustées et photographiées ces derniers mois me donne des hauts-le-coeur. Pas drôle, mais alors, pas du tout.

Heureusement, l'Homme s'est mis aux fourneaux pour organiser notre survie alimentaire.

Le temps que l'appétit et l'énergie reviennent, je vais donc rester en peu en retrait. Pour vous faire patienter, j'ai mis un peu de musique sur le blog. J'en ajouterai au fil des jours. Comme cela, les casseroles ne seront pas tout à fait muettes. En cas d'intolérance à la musique ancienne, vous pouvez toujours faire taire le lecteur MP3 en cliquant sur le bouton pause.

A bientôt !

lundi 11 août 2008

Cheesecake feuilleté aux griottes et à la fleur d'oranger. D'une indicible gourmandise.



La perspective de devoir tenir le crachoir pendant 150 heures devant des élèves de licence et de master, à partir du 1er septembre prochain, est en train de faire monter, lentement mais sûrement, une angoisse qui ne m'avait pas saisie depuis longtemps. 

Comment se transformer du jour au lendemain, ou presque, en prof ? J'ai passé les dix premières années de ma vie professionnelle dans un bureau, en réunions, en banque de salle de lecture. Maintenant, je vais devoir faire mon "show" devant un amphi d'étudiants. J'ai peur, peur de la nouveauté, peur de l'inconnu, peut de ne pas être à la hauteur. 

En guise de vacances, voilà des jours et des jours que je m'oblige à préparer quelques cours, histoire de prendre un peu d'avance sur le premier semestre universitaire. Il serait plus juste de dire : histoire de ne pas être complètement à la bourre pendant les 4 ou 5 premières semaines de cours. 

Tout ça me coupe un peu le sifflet. Je vous propose donc de me suivre tout de suite en cuisine pour ce cheesecake hors normes, réalisé un jour de grande angoisse. 

J'avais envie d'une version de cheesecake vaguement inspirée des pâtisseries orientales. D'un cheesecake qui se prendrait pour un baklava. Le croustillant de la feuille de filo, et le crémeux du fromage, la douceur d'un sirop imbibant le tout Des griottes pour la fraîcheur et l'acidulé, un léger parfum de fleur d'oranger pour le côté oriental. C'était tout à fait délicieux. Paradisiaque. Réconfortant. 

 Crunchy cherry cheesecake


 
Pour 6/8 personnes :
- 1 douzaine de feuilles de pâte filo
- 250 g de ricotta
- 100 g de Philadelphia ou d'un fromage frais équivalent (Saint-Môret...)
- 200 g de sucre blanc
- 20 cl d'eau
- 3 cuillères à soupe d'eau de fleur d'oranger
- 300 g de griottes (surgelées et préalablement décongelées sur du papier absorbant)
- quelques gouttes d'extrait d'amande amère
- 80g de beurre

1. Préparer le sirop avec 20 cl d'eau, 1 cuillère à soupe d'eau de fleur d'oranger et 200 g de sucre. Faire cuire jusqu'à obtenir une consistance sirupeuse, mais pas trop épaisse quand même. Laisser refroidir (ce sirop peut très bien être préparé la veille). 

2. Préchauffer le four à 180°C (thermostat 6). Mélanger les fromages au fouet électrique pour les lisser. Ajouter 2 cuillères à soupe d'eau de fleur d'oranger, 2 ou 3 gouttes d'amande amère (pas plus, le parfum est très prononcé). Incorporer enfin les griottes bien égouttées. Il est normal de ne pas mettre de sucre à ce stade, c'est le sirop qui viendra sucrer le feuilleté après cuisson. 

3. Faire fondre le beurre. En badigeonner le fond et les bords d'un plat à gratin rectangulaire ou carré. 

4. Disposer les feuilles de filo en pile sur le plan de travail. Badigeonner le dessus de la première de beurre, plier en deux, beurrer à nouveau, disposer dans le fond du plat en faisant si possible dépasser les bords. Recommencer avec une deuxième feuille. Faire de même avec 4 autres feuilles, mais cette fois, les découper de façon à ce qu'elles soient à la dimension exacte du plat. 

5. Etaler la crème au fromage et aux griottes sur le fond de pâte filo. Couvrir avec les feuilles restantes en procédant comme dans l'étape 4. Rabattre les feuilles du dessous qui dépassent de façon à "fermer" les côtés du feuilleté. Beurrer à nouveau les côtés et le dessus du feuilletage. Enfourner pour 40 à 50 minutes en veillant à ne pas laisser brûler les feuilles du dessus (elles doivent être juste dorées). 

6. A la sortie du four, verser le sirop refroidi en filet de manière à imprégner uniformément le cheesecake. Laisser refroidir à température ambiante puis réserver au frais avant de déguster. 

Contrairement aux cheesecakes habituels, celui-ci se consomme le plus tôt possible, au-delà de deux jours, le feuilletage à tendance à ramollir un peu.


mardi 5 août 2008

Antipasti #5. Complètement hérétique : crème d'aubergines au sésame et Passacaille made in China

De l'antipasto italiano, serais-je en train de glisser vers le mezzé libanais ? Ne vous fiez pas aux apparences. La recette que voici est fort éloignée de la spécialité moyen-orientale la plus connue (après le taboulé et le houmous) : le caviar d'aubergines.

C'est pour ça que j'ai préféré l'appeler crème plutôt que caviar d'aubergines ou encore (plus ethniquement connoté) moutabal ou baba ganousch.

Enfin peu importe, l'essentiel est de faire voyager les papilles, pas de donner des noms à des préparations culinaires (je laisse ce soin à ceux dont c'est le métier, ces spécialistes du mot qu'on nomme lexicologues).

Voici comment s'y prendre pour concocter la plus délicieuse et la moins orthodoxe des crèmes d'aubergines.

1. D'abord, on ne fait pas griller les aubergines pour récupérer la chair, mais on les épluche (et encore, pas obligé), puis on les coupe en petits morceaux et on les fait cuire à la vapeur (10 minutes maxi dans le panier du cuiseur à riz, par exemple). Voilà qui ravira ceux qui n'ont pas ou plus de four, ceux qui n'ont pas de jardin et donc pas de barbecue. 

2. On évite l'ail cru, par égard pour l'oesophage des convives et par égard pour son voisin de sieste. La (ou les) gousse(s) d'ail, on la cuit à la vapeur aussi, avec les aubergines. 

3. On n'utilise pas la pâte de sésame libanaise (tahiné), mais sa cousine chinoise, à acquérir chez Tang ou dans n'importe quelle épicerie asiatique. La différence ? En Chine le sésame est torréfié avant d'être broyé, le résultat est plus goûteux, mais surtout il n'y a pas cette amertume typique du tahiné. 

4. On ne met pas d'huile d'olive, ni de cumin. Tant qu'à faire, on tourne carrément le dos à la Méditerranée et on ajoute plutôt un filet d'huile de sésame au moment de servir, sans avoir la main trop lourde, car c'est fort en goût (et que ça fait facilement double emploi avec la pâte de sésame). 

Récapitulons : 
- 500g d'aubergines (rondes si on en trouve, il y a plus de chair et moins de peau, c'est de l'épluchage en moins).
- 2 cs moyennes de pâte de sésame chinoise
- 1 gousse d'ail 
- 1 filet d'huile de sésame
- sel, poivre (au goût)
- 1 cs de graines de sésame légèrement torréfiées à la poêle (pour le décor)
- quelques feuilles de coriandre fraîche (à mélanger au dernier moment pour ne pas qu'elles s'oxydent).
C'est doux, onctueux, délicatement parfumé. Cela se tartine sur tout ce que vous voudrez, mais c'est encore meilleur comme "dip" pour accompagner des brochettes de viande ou de volaille. Avec des keftas d'agneau (et hop, on repasse de la Chine à un Orient moins extrême), c'est génial.

A vos barbecues ! Pour ma part, je tartine, c'est plus prudent quand on passe l'été entre une tour de verre et un appartement parisien (les pompiers ont bien assez de boulot comme ça).
Pour accompagner tartines ou brochettes, voici une curiosité musicale au moins aussi hérétique que la recette du jour : une passacaille chinoise ! Non, ce n'est pas une blague. Je viens de retrouver cet opus dans ma discothèque. Cette "nouvelle passacaille" (s'agit-il vraiment de la traduction du titre original "Xin Xingjie" ? La Mangue viendra peut-être à mon secours sur ce point) semble effectivement construite sur un motif mélodique qui revient sans cesse, comme la passacaille de de notre Occident baroque.






samedi 2 août 2008

Antipasti #4. Millefeuilles d'aubergines


Les tranches d'aubergines grillées, les tomates confites et les petites mozzarelle à l'huile et au basilic sont un peu les incontournables des buffets d'antipasti italiens.

Histoire de bluffer son petit monde, on peut associer tous ces ingrédients et les superposer en un joli millefeuille.

Millefeuilles d'aubergines grillées

Pour 4 millefeuilles :
- 2 aubergines longues (plus elles sont régulières, mieux c'est, il faut obtenir des tranches de diamètre aussi homogène que possible) (vous pouvez partir de tranches d'aubergines grillées surgelées, mais prévoyez une quantité assez importante, elles ne seront pas toutes de la même taille) 
- 150 g de tomates confites à l'huile, bien égouttées (vous pouvez les faire maison, mais c'est quand même nettement plus rapide de les acheter toutes prêtes, même si elles baignent dans une huile un peu douteuse
- 300 g de mozzarella (au lait de bufflone, evidentemente)
- 2 cs de mascarpone
- 4 cs de parmesan râpé
- 2 cs de basilic ciselé
- sel, poivre
- huile d'olive

1. Préchauffez le four position grill à 220° C. Coupez les aubergines dans le sens de la largeur de façon à obtenir au moins 16 tranches rondes et régulières, pas trop fines. adigeonnez les tranches d'huile d'olive, au pinceau, salez très légèrement et disposer les tranches sur une plaque anti-adhésive, enfourner et laissez griller 5 minutes de chaque côté environ (attention, ça peut facilement brûler...). Laissez refroidir à température ambiante. Cette étape peut être réalisée la veille.

2. Préchauffez le four à 180°. Coupez la mozzarella en morceaux ou en tranches et mélangez ces tranches ou ces morceaux dans un bol avec le mascarpone, le basilic ciselé (en garder un peu pour le décor), un peu de sel et de poivre du moulin.
3. Dans un plat à gratin légèrement enduit d'huile d'olive, disposez 4 tranches d'aubergines, posez par dessus 2 tomates confites (éventuellement coupées en morceaux si grosses) et un morceau de mozzarella + mascarpone.

4. Couvrez d'une deuxième tranche d'aubergine et recommencez l'opération deux fois de manière à avoir 4 mille-feuilles faits de 4 tranches d'aubergines. Parsemez de parmesan râpé et d'un filet d'huile d'olive, puis enfournez pour 20 minutes environ, jusqu'à ce que la mozzarella ait commencé à fondre et que le dessus soit gratiné. Dégustez chaud ou tiède.

S'il vous reste des tranches d'aubergine, mettez-les dans un bocal, couvrez d'huile et ajoutez une gousse d'ail écrasée (si vous aimez). Stockez au frigo.

Ou bien rangez-les simplement dans une boîte hermétique et utilisez-les pour garnir un sandwich coppa-aubergines-mascarpone (par exemple).

L'humeur du jour n'est pas tellement au bavardage. Que cela ne vous empêche pas de m'écrire tous les commentaires qui vous passeront par la tête, je les guette avec impatience et les lis toujours avec grand plaisir.